Nos enfants du bout du monde

Nos enfants du bout du monde

 

La naissance de ce magnifique projet …

Un jour de Septembre 2002, nous franchissions la porte du service de l’aide à l’enfance de notre département, la tête et le cœur plein de rêves, mais aussi d’angoisses… Nous nous lancions dans une aventure, et quelle aventure !!! Une personne nous a demandé si nous nous étions pas trompé d’étage, nous n’avions apparemment pas le « profil type » de parents souhaitant adopter, nous étions alors âgés de 25 ans.

Nous avons vécu très sereinement la procédure d’agrément, nous avons beaucoup appris sur nous même, avons cheminé dans notre projet et plus les jours passaient, plus nous pensions à notre enfant, dont nous ne connaissions rien et que nous aimions déjà si fort. Cela nous faisait d’ailleurs toujours sourire, lorsque, quand nous annoncions autour de nous notre projet, nous lisions dans les yeux des gens, toute leur compassion et que nous avions le droit à des

«  désolé, je ne savais pas.. » ;)) Nous, nous étions fous de joie d’adopter, en aucun cas nous n’avions de souffrance vis-à-vis de cela, pour ma part , à aucun moment, je n’ai eu besoin de faire le « deuil de l’enfant biologique ».

Après l’euphorie du moment quand nous avons reçu notre agrément, nous nous sommes vite sentis seuls…. Par où commencer ? Quelle route emprunter pour rejoindre cet enfant qui nous serait destiné ? En consultant les fiches pays sur le site de la Mai, nos espoirs s’éteignaient au fur et à mesure, trop jeunes, pas suffisamment d’années de mariage… Nous nous rendions alors compte que pour adopter, alors que nous pensions que justement notre âge pouvait être un atout, et bien ce n’était pas le cas, beaucoup de pays nous étaient fermés. Avec toute mon énergie, mon amour, ma détermination, j’ai passé des nuits sur internet, à la quête aux infos, témoignages et j’ai reçu un message qui nous a redonné espoir pour Haïti, un pays que je ne connaissais même pas, ce pays qui allait devenir celui de nos enfants, ce pays qui nous a transformé à jamais fin Août 2004.

Nous avons donc contacté une crèche, (merci Gina…) en y mettant tous nos espoirs, notre dossier est arrivé là bas en Octobre 2003 . L’attente allait alors commencer, jusqu’en Février 2004, période très difficile, où nous avons vraiment pensé que tout s’écroulait et qu’il faudrait repartir à zéro.

Février 2004 : Aristide le président est chassé de son pays, qui est en pleine guerre civile, nous pensons qu’un enfant , notre enfant, est très certainement déjà né, qu’il vit en Haïti, parmi les émeutes, les coups de feu, c’est un sentiment indescriptible, on va envie d’hurler notre détresse, notre tristesse. Nous recevons des nouvelles alarmantes, les directrices de crèches ne peuvent plus sortir, c’est trop dangereux, les réserves de nourriture, de médicaments s’épuisent… Les administrations sont fermées, l’aéroport aussi. On s’est alors dit : « Notre enfant ne viendra pas d’Haïti …. »

Un courrier, une photo, notre fille !

Et puis un soir de Mars, après une réunion à l’école, je rentre à la maison et trouve Damien , qui me regarde sans rien dire, un bras derrière son dos, et qui me dit tout ému «  devine………. » Tout se bouscule alors dans ma tête, je sens mon cœur exploser. Je n’ose comprendre ce qui nous arrive, je prends la lettre, l’ouvre, mes mains tremblent, une photo tombe par terre, je la ramasse, la retourne et là… nous découvrons le visage de notre petite fille, mon dieu qu’elle est belle …. A cet instant même, c’était notre fille, nous étions parents et prêts à renverser des montagnes pour la serrer dans nos bras, nous avons ressenti une force incroyable. C’est un moment indescriptible….

 

                             

Une attente de 6 mois a ensuite commencé, durant laquelle, il ne s’est pas passé un jour sans que nous pensions à cette petite fille dont nous ne connaissions encore rien, mais qui avait une place déjà tellement importante dans notre vie. C’était difficile d’ailleurs, de continuer à vivre «  normalement », merci à tous ceux qui nous ont soutenu durant cette attente très difficile. Les mois ont passé, sans énormément de nouvelles d’Haïti, quelques photos déchirantes sur lesquelles notre petite puce pleurait, hurlait… mais nous faisions confiance, nous savions que le dossier progressait et qu’Evencia allait bien… Puis en Août 2004 tout s’est précipité, nous avons reçu le mail magique nous informant que nous pouvions préparer notre voyage. Nous n’osions y croire, cela semblait trop beau, presque irréel.

 

Notre voyage dans son pays

Fin Août 2004, nous prenons l’avion, vers cette aventure incroyable qui nous attend, la rencontre avec notre fille, avec son pays Haïti, ce pays qui occupe nos esprits depuis de longs mois à travers les lectures recherches que nous pouvons faire.

L’arrivée en Haïti : un moment que nous n’oublierons jamais. Nous posons les pieds dans le pays de notre fille , nous sommes submergés par l’émotion, par les odeurs, les couleurs, la chaleur humide, les visages, la foule, il y a du monde partout, des jeunes, beaucoup de jeunes, des mamans avec leurs bébés sur le bord des routes. Nous sommes conduits jusque l’orphelinat, la rencontre est prévue pour le lendemain. Nous passons une nuit très courte, très « spéciale », demain nous rencontrerons notre fille, cette petite puce, qui nous trouble tant sur les photos que nous avons d’elle, par son regard tellement bouleversant…

Le lendemain…. Tout s’enchaîne, nous sommes pris dans un tourbillon, direction une des annexes de la crèche, des enfants chantent pour nous souhaiter la bienvenue, on prend sur nous pour contrôler les larmes d’émotion et soudain, on voit du fond de la pièce, une nounou approcher de nous avec dans ses bras une petite puce, qui nous semble si fragile, et nous reconnaissons de suite son regard. Je la prends dans mes bras, elle se cabre en arrière, elle semble effrayée, j’essaie de la rassurer et elle s’endort très vite… Je peux alors la regarder, réaliser ce qui nous arrive et pourtant tout cela me semble encore tellement irréel. Durant la semaine que nous allons passer ensuite, nous allons apprendre à nous adopter mutuellement, elle ne va pas quitter mes bras, elle refuse d’aller dans ceux de Damien, son papa, qui a vite trouvé son rôle : s’occuper de la logistique, des biberons, à défaut de pouvoir pour l’instant caliner comme il le souhaiterait sa petite fille, mais nous comprenons son besoin de créer d’abord un lien avec moi, ses peurs. Nous donnerions cher pour savoir alors tout ce qui peut se passer dans sa petite tête … Durant deux jours, elle va garder un visage très fermé, quasi inexpressif, puis, on va commencer à percevoir les premières mimiques, quelle victoire !!!! Puis les premiers sourires, au combien précieux !

            

Deux ans et demi plus tard…

Anaë Evencia, a aujourd’hui 3 ans et demi, c’est un vrai rayon de soleil, une petite fille très vive, intelligente, débrouillarde, caline , elle nous fait fondre quand elle nous dit «  papa, maman, je vous aime d’amour », elle est sociable, épanouie, et nous sommes tellement fiers d’elle. Notre plus grand souhait : qu’elle grandisse en conservant sa joie de vivre et qu’elle devienne dans quelques années, une jeune fille épanouie.

Elle attend avec impatience son petit frère, Tom, dont nous avons eu l’attribution il y a un mois et qui nous attend en Haïti. Il va falloir patienter de longs mois avant de pouvoir le serrer dans nos bras. Nous avons tellement hâte de revivre une deuxième fois, ce voyage vers notre pays d’adoption, le pays de nos enfants et de vivre une nouvelle fois, ce moment magique de la rencontre, qui ne se passe jamais comme on peut le rêver, l’imaginer, qui est un moment à part, tellement indescriptible…

 

                      

Stéphanie, Anaë Evencia, Damien et Tom en Haïti…

 

« Deux vies qui se rencontrent un jour,

Pour ne faire plus qu’une histoire,

Remplie de tes rires, de notre amour

Et dans tes yeux, de cette flamme pleine d’espoir. »

 



31/10/2006
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