Nicolas, 23 ans, adopté en Colombie

J'ai été adopté en Colombie lorsque j'avais un mois. J'ai été élevé à Lille et j'ai maintenant 22 ans. J'ai toujours été intrigué par la possibilité de pouvoir retrouver mes parents biologiques. Elle me faisait peur mais aussi me laisser imaginer des espoirs fantastiques, là bas loin en Colombie. Je crois que je me disais que tous les problèmes quotidiens que j'avais, venaient de mon adoption et que le fait de retrouver mes racines résoudrait tout. C'était comme sorte d'excuse très pratique, si je retrouvais ma famille, je n'aurais plus cette excuse. Il y a deux ans je suis parti vivre à l'étranger à Londres pour un an et je crois que c'est là que je me suis rendu compte que je devais affronter mon adoption. Le fait de ne plus être dans le foyer familial, seul, perdu dans une grande ville  m'y a probablement poussé. De plus des conseils d'un très bon ami m'ont été à y voir clair, il fallait prendre une décision: soit je faisais une croix définitive sur une possible recherche, soit je décidais de chercher ma mère biologique. Si je ne la trouvais pas au moins je saurais à quoi m'en tenir et pourrais aussi faire un deuil définitif sur cet espoir un peu flou qui m'a longtemps rassuré.  Je choisis de la rechercher. J'avais les renseignements qu'il fallait, son nom, n°d'identité, un certificat de naissance mais aucune idée de comment je pouvais les utiliser pour chercher. J'ai commencé à chercher dans les pages jaunes colombiennes, à appeler l'orphelinat où j'ai été adopté, des organismes qui s'occupent de la protection de l'enfant, des avocats. Mais rien n'est sorti de cette première phase de recherche, les gens était accueillants et aimables mais n'ont rien pu apporter à ma recherche. Je me décourageai pas mal. J'ai tout laissé tomber pendant 7 mois et cette fois je suis parti continuer mes études en Espagne à Madrid pour une autre année. Par moment, il me reprenait de recommencer à chercher par période, mais j'étais beaucoup moins motivé. Sur un forum d'adoptés, je suis tombé sur une jeune fille qui avait retrouvé sa famille biologique grâce à une fondation.  Je trouvais rapidement le site web et m'empressais de faire une demande de recherche. J'étais, comme toujours lorsque je faisais des recherches, très impatient, néanmoins je faisais moyennement confiance à ce genre de site qui généralement ne donne aucun résultat. Mais il y avait le témoignage de cette fille… Une heure plus tard, le responsable de cette association me répondait qu'il avait bien reçu ma demande. C'était peut être sérieux. Je partageais mon émotion avec les colocataires de l'appartement où je vivais. Un mois plus tard, sans nouvelle, je lui écris un mail auquel il répondit qu'il avait commencé à chercher. Un mois plus tard, je reçus un autre email dans lequel il m'annonçait que ma mère n'était plus dans les bases de données officielles depuis 90, qu'elle était peut-être partie à l'étranger ou décédée et que je devrais l'appeler directement. Je me mis en contact avec cet homme sur enthousiaste et légèrement déjanté. Je lui dis que je voulais qu'il continue ses recherches. Et un autre mois plus tard, je reçus un email que je n'espérais pas. Il m'annonçait théâtralement qu'il avait retrouvé la trace de ma mère, je crois que je n'ai rien pu faire du reste de la journée. J'avais envie de le crier à tout le monde. Je l'ai appelé le soir même et il m'a raconté qu'il avait parlé à un de ses frères et qui allait prévenir ma mère. Elle était mariée, deux enfants. Curieusement, je crois que je n'avais même pas envisagé sérieusement la possibilité qu'elle ait des enfants, je pris alors réellement conscience du remue ménage que j'étais en train de provoquer là bas, comment allait réagir son mari… Tout est alors allé très vite, je suis entré en contact avec elle par email, puis par téléphone, ce fut vraiment des moments très forts, complètement surréalistes et magiques. Elle me disait que ma voix lui paraissait connue. Très rapidement est venue la possibilité que je pourrais aller en Colombie, j'avais du temps trois mois plus tard. Je décidais d'en parler avant avec mes parents adoptifs, j'avais très peur de leur dire, mais c'était infondé, ils ont réagi parfaitement, et ont compris que pour moi c'était une étape importante. Donc j'ai réservé mes billets pour un voyage de trois semaines que je ne suis pas prêt d'oublier. J'avais décidé d'y aller seul car je sentais que c'était quelque chose de très personnel. Plus la date du départ approchait, plus j'étais impatient. Enfin le jour est arrivé et le responsable de l'association m'a accueilli à l'aéroport et le lendemain a organisé les retrouvailles d'une manière légèrement solennelle, il y avait non seulement ma mère, sa famille, mais aussi mes grand parents, mes oncles et tantes et cousins, plus des amis, au total au moins 40 personnes, j'avoue qu'avant d'entrer dans la salle où ils m'attendaient tous, je ne faisais pas trop le fier. Puis tout s'est déroulé très rapidement, j'ai vite fait connaissance et je me suis attaché très rapidement à mon petit frère Javier. Je suis allé vivre chez eux. Son mari m'accueillit très bien. J'étais un peu gêné au début, tout le monde voulait me parler, me donner à manger, j'étais un peu perdu, puis avec le temps tout s'est un peu stabilisé et j'ai commencé à m'intégrer dans la famille. Il m'avait préparé un lit dans la chambre de mon petit frère, j'avais juste envie de pleurer. J'ai beaucoup parlé avec ma mère qui m'a expliqué plus en détail les circonstance de mon adoption, elle s'est retrouvée seule enceinte abandonnée par sa propre famille qui ne voulait pas entendre parler d'enfant à son âge (20ans) et par mon père plus agé qui avait déjà des enfants. Elle n'avait pas de travail et venait d'arriver à Bogota où elle connaissait très peu de monde.  Elle ne voulait pas avorter : les maisons d'adoption représentaient la seule solution. Elles proposaient gratuitement les soins d'avant et après l'accouchement mais les mères devaient s'engager à donner leur enfant en adoption puisque de toute façon elles n'auraient pas le moyen de les élever correctement. Ce procédé est peut être un peu douteux mais il offre une réelle option pour les mères en détresse.  J'ai compris aussi la douleur immense qu'elle avait ressenti après m'avoir abandonné, j'ai compris que personne n'avait pu jamais la soulager ou l'aider puisque qu'elle avait gardé cette adoption secrète et avait fait croire à tout le monde que j'étais mort né. J'ai appris à la connaître, et je sentis que ces retrouvailles avaient rouvert des blessures profondes, pour les guérir définitivement cette fois ci. J'ai senti que j'avais une responsabilité importante maintenant que je l'avais retrouvé, je ne pouvais plus revenir en arrière, il fallait que je prenne soin de cette relation naissante. J'ai aussi beaucoup parler à son mari, qui m'a expliqué que pour lui ça n'avait pas été facile et que finalement il s'était décidé à accepter mon existence. J'ai fini par connaître tous les membres de la famille (8 oncles et tantes !!) en voyageant un peu dans le pays à Medellin. Ils ont tous été très accueillants et chaleureux, sûrement plus que s'ils avaient été européens. Je suis rentré en France après trois semaines intenses, complètement épuisés, très triste de devoir déjà les quitter, un peu déboussolé aussi d'avoir maintenant 2 mères ! Aujourd'hui j'étudie à Paris et ai un contact régulier par email et téléphone avec eux et je pense retourner en Colombie plus longtemps pour connaître réellement ce pays magnifique et chaleureux.



09/12/2005
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