Le papa d'Elsa, adoptée au Pérou en 1978

Je n’ai pas adopté Elsa en pensant permettre à un enfant malheureux de sortir de ses problèmes. Ce n’était ni le but, ni l’objectif, même si ce fut la conséquence.
Pourquoi veut-on un enfant ? Pour se poursuivre en lui, pour satisfaire un besoin naturel de continuité profondément égoïste tout d’abord, et puis, quand il est là, pour permettre à un être de se réaliser, aidé par l’amour qu’on lui porte.
Je crois pouvoir dire que « nous » avons adopté dans le même état d’esprit que lorsque nous avons voulu nos deux enfants naturels, les frères d’Elsa : nous voulions un troisième enfant et ne pouvions plus en avoir ; l’adoption a été pour nous la seule manière de réaliser notre souhait. C’était possible au Pérou dans des conditions honnêtes : certitude que l’enfant n’avait pas été enlevé à ses parents et pas d’ « achat » du bébé sous quelque forme que ce soit, directement ou indirectement. Nous avons donc tout fait pour réaliser cette « naissance » dans notre famille.
Ce fut une réussite ! On ne peut oublier ces instants merveilleux de la première fois où Elsa nous fut apportée dans notre chambre comme dans une maternité ! On ne peut oublier non plus la joie du grand père, demandant au douanier l’autorisation de passer en zone interdite pour pouvoir embrasser sa nouvelle petite fille… On ne peut oublier tous les moments de bonheur que notre rayon de soleil « Elsa » nous a offerts et nous offre encore, comme nos deux garçons nous les ont offerts, chacun à leur manière. Tout ceci fait partie du bonheur d’être parents.
Les difficultés ? Bien sur, il y en a eu et il y en aura encore comme dans toute famille mais elles font partie de la construction d’un être et de la relation humaine, qu’il y ait adoption ou pas.
Je crois pouvoir dire que Elsa a été notre troisième enfant, ni plus, ni moins que ses deux frères aînés. Elle EST notre fille.
Je sais combien la recherche des parents naturels est importante dans la construction de soi et nous nous attendions à ce qu’un jour, Elsa recherche ses origines. Nous ne lui avons d’ailleurs rien caché à ce propos et, sans les terribles événements tragiques du « sentier lumineux »,nous serions retournés avec elle au Pérou il y a quelques années. Mais peut-être cet égoïsme dont je parlais plus haut, ajouté au peu d’intérêt manifesté alors par Elsa pour ce problème, ne nous a pas poussés à entreprendre ce voyage ultérieurement.
C’est peut-être ce même égoïsme ou une sorte de jalousie inavouée qui joue encore dans la «découverte » rapide et quasi miraculeuse de la mère biologique de notre fille. Quand on connaît Lima, ses bidonvilles, ses quartiers labyrinthes, et sa surpopulation, on peut être étonné qu’en quelques jours on puisse retrouver une femme originaire d’un petit village de la cordillère de la province d’Abancay émigrée dans la capitale. Sommes-nous trop méfiants ? Peut-être mais certains points de son histoire ne correspondent pas à ce qui nous avait été dit… Et puis, n’est-il pas légitime, pour des parents, de protéger ses enfants des pièges éventuels de la vie ?…Mais, bon, si une certaine sérénité en découle sans danger pour notre fille… soit !..
Quand on adopte, on est « parent » ni plus ni moins que lorsqu’on a des enfants naturels.
Avant de terminer, je voudrais ajouter quelques réflexions qui me viennent à l’esprit après avoir consulté votre site.
Tout d’abord, je comprends mal cette soif de recherche -qui peut aller jusqu’au malaise et à l’angoisse- dans la quête de la mère adoptive. C’est forcément aller vers la révélation d’un malheur !… On n’abandonne pas son enfant quand on est heureux !…Chez les enfants nés sous « X », si certains d’entre eux recherchent toute leur vie leurs origines, d’autres déclarent ne pas s’en préoccuper. D’autre part, j’ai lu tout dernièrement que quinze pour cent des enfants sur terre ne seraient pas les enfants de leur père !… et je me demande donc si ce n’est pas le fait de se poser la question qui engendre la nécessité de trouver une réponse et les angoisses qui en découlent …
Mais, n’étant pas moi-même adopté, je ne peux peut-être pas tout comprendre !…
Ensuite, je suis très étonné que cette recherche de la mère biologique ne soit, presque exclusivement faite que par des filles : les garçons sont bien peu nombreux !…
Enfin,pourquoi cette recherche de l’ovule créatrice et pas du spermatozoïde ?
J’avoue ne pas bien comprendre cette recherche essentiellement axée sur la mère !… Mais, et le père ? Pourquoi cet ostracisme ? Le spermatozoïde vaut-il moins que l’ovule ? Et même si la mère est souvent victime de l’homme, en quoi connaître son père biologique serait-il moins important s’il ne s’agit vraiment que de recherche de filiation ?
Je sais bien que je ne peux pas comprendre et que je resterai toujours extérieur à ces préoccupations profondes mais en écrivant ceci, je n’ai qu’un désir, celui de dire à Elsa qu’elle est notre fille et que nous l’aimons.



25/11/2005
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