Eva, 24ans, adoptée du Guatémala

Présentation

 
Bonjour à toutes et à tous

 
A la demande de Julia je vous propose le témoignage de mon adoption.

 
Je me présente, je m'appelle Eva et j'ai 24 ans, née au Guatemala. J'ai été adoptée à 11 mois et demi, autrement dit, aucun souvenir de mon pays d'origine.

Née avec une malformation, bec de lièvre et fente palatine ; je ne mangeais pas, je dépérissais. Mes parents m'ont envoyée aux USA pour y subir une opération, car les médecins du Guatemala en étaient incapables. J'étais dans une famille d'accueil qui m'a pris en charge le temps des soins. Depuis j'ai toujours contact avec eux, cela fait 23 ans que je corresponds, ils auraient aimé m'adopter.


Puis, je suis revenue au Guatemala, ma santé ne s'améliorant pas beaucoup, on leur a conseillé de me mettre en adoption afin que je puisse obtenir les soins nécessaires à ma survie. Mon père travaillait comme jardinier dans un orphelinat, je fut donc placé là-bas. C'est avec beaucoup de peine et de tristesse que mes parents m'ont laissé une chance de pouvoir vivre et je suis arrivée en France à 11 mois et demi.


J'ai toujours été élevé dans la vérité de mon adoption. Mon dossier était consultable autant de fois que je le souhaitais. Grâce à ma famille d'accueil des USA, j'ai eu la chance, que peu d'adoptés ont eu, d'avoir une photo de ma famille du Guatemala. J'ai grandi avec cette photo dans ma chambre. Des fois je me demandais où ils pouvaient bien être, s'ils étaient encore en vie, et je me disais que je ferais des recherches quand je serais plus grande.


En grandissant, j'avais l'impression de ne pas avoir d'identité, mais qui suis-je ? A qui je ressemble ? De qui ai-je le caractère ? Des questions bêtes, mais avec toute leur importance à mes yeux. J'entendais les autres dire, je ressemble à mon père ou à ma mère, mais moi ??

Depuis mon plus jeune âge je me suis intéressée à mon pays. J'ai lu des tas de livre, vu des tas de vidéo, vu des expositions… je connaissais déjà pas mal de chose étant jeune et je faisais des exposés pour faire connaître mon pays à ceux de ma classe, car fière d'être guatémaltèque. J'ai commencé à apprendre des mots d'espagnol très vite vers 7-8 ans. Et puis après au collège comme les autres, mais ayant de plus grandes facilités


Et puis un jour à 17 ans j'ai fait mon premier voyage avec une association, sans mes parents adoptifs car ils ne peuvent pas voyager pour des raisons de santé. J'y suis passée quelques mois après le cyclone Mitch. J'étais à la fois contente d'aller enfin dans mon pays d'origine, mais ne sachant pas trop à quoi m'attendre. J'avais l'impression « d'être de retour à la maison ». J'y ai découvert les bidonvilles, les camps de réfugiés, mais malgré tout cela, les gens restaient souriants et accueillants. J'ai également visité et parler avec la population qui s'étonnaient de me voir avec des « gringos ». La vie est assez peu confortable, et l'hygiène très précaire. J'ai pu le constater, notamment dans les villages très reculés comme dans le Péten. Je suis également passée dans la ville où je suis née, ce fut un grand moment d'émotion… là où ma mère m'a donné naissance.


Mes recherches 

A la suite de ce voyage, je me suis interrogée, suis-je passée à côté de mes parents sans les reconnaître ? Suis-je passée devant leur maison ? Après quelques mois de réflexion, pour mon anniversaire d'arrivée en France, mes 18 ans en France, j'ai dit à mes parents que je voulais retrouver les traces de mes parents du Guatemala. Il faut savoir que mon anniversaire d'arrivée est pour moi une seconde naissance dans une seconde famille. Ils m'ont dit qu'ils étaient d'accord, mais après mon baccalauréat.

Puis je suis entrée à l'école d'infirmière et j'ai commencé à chercher sur le net une association basée au Guatemala qui puisse retrouver mes parents. Pendant plusieurs mois,  j'effectuais des recherches jusqu'au jour où j'ai trouvé « Casa Alianza », une association. J'ai encore laissé passé quelques mois, car je ne voulais pas compromettre mes études et je voulais être sure de mon envie de recherche. Pendant tous ces mois, mes parents m'ont prévenu de ce que je pouvais découvrir et je m'y étais préparée. 


Je me suis décidé à écrire à l'association leur donnant les nombreux éléments relatifs à ma famille, ce qui facilita leur recherche. Tout ceci se passant par mail. Ils m'envoyaient des questionnaires enfin de me préparer psychologiquement à ce que j'aurais pu découvrir. Parallèlement, car trouvant le temps trop long, je faisais mes propres recherches sur les moteurs de recherche mexicain et guatémaltèque. J'y ai retrouvé l'orphelinat où j'avais séjourné. J'ai écrit à la directrice racontant mon histoire. Il se trouve que la directrice est la personne qui a conseillé à mon père de me mettre en adoption. Elle a pris contact avec ma mère et lui annoncé la nouvelle. Ce fameux 18 septembre 2001, après 6 mois de recherche, l'orphelinat et l'association m'annonçant tous deux qu'ils avaient retrouvé ma famille. Je n'y croyais pas !!! J'étais en stage en maternité et je voyais tous ces bébés et leur mère et je me disais où celle qui m'a donné la vie ? Où est ma mère ????  

S'en est suivi des courriers. Le premier acheminé par DHL, l'association m'ayant fournis des photos et des lettres de mes parents, un choc émotionnel très grand. Pour la première fois, je voyais mes parents, ma famille… ils ne m'avaient pas oublié, ils attendaient ce jour où quelqu'un leur annoncerait que leur fille était toujours vivante. J'avais des numéros de téléphone, mais j'ai attendu pour le faire, l'émotion étant trop grande. Je me suis décidée à le faire et la conversation fut brève car trop d'émotions de chaque côté et une incompréhension, car parler espagnol au téléphone est toujours plus difficile. Les autres appels téléphoniques que j'ai pu passer, je les ai enregistrés avec un magnétophone, ce qui me permettais de me repasser ce que ma mère me disait et de mieux comprendre. Au début on ne se comprenait pas, mais l'important c'était d'entendre la voix des uns et des autres. Puis j'ai abandonné le magnétophone, car il ne servait plus, on se comprenait sans problème.


Mes retrouvailles

 

Mes retrouvailles ont été filmées pour des racines et des ailes, elles se sont passé en juillet 2002, j'avais 20 ans. Après toute une suite de courrier et d'appel avec mes parents de là-bas, j'ai organisé mon voyage au Guatemala. Je suis partie avec deux de mes sœurs d'ici.

 

Je me souviens avant de partir de France, j'avais beaucoup d'appréhension, me demandant comment se passeraient ses retrouvailles.

 

Arrivée au Guatemala, à l'aéroport, ma famille m'attendait : mon père, ma mère, mes deux frères et leurs femmes et enfants, mes tantes et leurs enfants, mes cousins et la télévision locale. Beaucoup de monde, et peu d'intimité. Le lendemain, ma mère me présentait son « comedor » là où il travaillait et je faisais connaissance avec tout le monde. Une fête avait lieu pour mon retour au Guatemala. Beaucoup de monde, et là aussi peu d'intimité, impossible de vraiment être avec mes parents, ma famille…

 

Ensuite, j'ai entrepris un petit voyage avec mes parents et un de mes frères. Ma mère ne connaît pas tout le Guatemala. Je les ai emmenés au marché de Chichicastenango, à Antigua… Je faisais découvrir mon pays à mes sœurs et aussi au journalistes. Bien sûr je suis repassée à l'endroit où je suis née. Je suis même rentrée à l'hôpital et ma mère m'a raconté comment c'était passé l'accouchement. J'ai rencontré la personne qui s'est occupé de moi à l'hôpital et ma mère m'a donné le nom d'Etelvina, car cette personne portait ce nom.

 

J'ai également visité l'orphelinat où j'ai été placé, ce fut un moment difficile. Voir tous ces enfants, sans parents, seuls et n'attendant qu'une seule chose, une FAMILLE ! Dur de repartir en les laissant là. J'ai retrouvé le registre où mon adoption a été enregistrée, j'ai même pu le photographier.

 

Au début, les retrouvailles ont été difficiles car ma mère me parlait toujours du passé, que je connaissais déjà, et moi je voulais parler de sa vie actuelle, de nos retrouvailles. Puis au fur et à mesure, elle a compris que je ne lui en voulais pas et que je voulais laisser le passé de côté et aller de l'avant.

 

En venant du monde occidental, les gens s'imaginent que nous avons tout pouvoir et que nous avons beaucoup d'argent. Il est vrai que nous avons une vie beaucoup plus confortable et que nous avons plus d'argent, mais le niveau de vie es très différent. Leur faire comprendre que, oui nous avons de l'argent, mais malgré tout venir au Guatemala est assez coûteux, reste difficile… ils nous regardent avec envie, car ils aimeraient bien avoir une vie aussi confortable que la nôtre.

 

Malgré les débuts difficiles, le voyage s'est très bien passé et j'en étais très contente, car à la fin j'avais ce que je désirai. J'étais avec ma famille et elle me faisait découvrir sa vie au quotidien et on apprenait à se connaître.

 

Je suis revenue au Guatemala avec le fils de mon frère, Wilson. Il était convenu avant même de partir que je rentre avec lui afin de le faire opérer ici en France par des spécialistes. Le petit est né avec une malformation des mains. Je suis donc revenue avec un enfant de 5 mois dans les bras.

 

L'après retrouvaille

 
Après l'hospitalisation, le petit Wilson est reparti dans sa famille, le chirurgien a fait ce qu'il a pu. 
Nous avons continué de correspondre et de se téléphoner.

 
J'ai effectué un autre voyage en janvier 2004, cette fois je suis partie avec une amie. Encore une fois, j'ai organisé mon voyage mais cette fois, je logeais chez ma mère avec mon amie, donc nous allions vivre leur quotidien, une bonne expérience. Rien de tel pour découvrir le quotidien d'un guatémaltèque. Il faut savoir que les poules aiment beaucoup visiter les maisons… l'eau chaude n'existe pas vraiment, mais au moins l'eau courant était là ! Leur quotidien n'est pas toujours évident, et on voit beaucoup de choses qui ne se voient pas tellement en France. Dès leur plus jeune âge, les filles apprennent à faire la lessive (à la main évidemment), la vaisselle, et les garçons à manier une machette. Les filles les plus grandes (vers l'âge de7-8 ans), s'occupent des petits, les lavent…

 

Voir les enfants faire leur devoir, voir les plus grands aider les plus petits, beaucoup de petites choses qui sont intéressantes à voir car très différent de chez nous.

 

Toujours est-il, qu'ayant gardé des contacts très réguliers avec ma famille, mon frère m'avait demandé de reprendre son fils, mais cette fois pour qu'il ait une chance de s'en sortir dans la vie. Il voulait lui assurer un avenir en lui permettant d'être élevé en France, de pouvoir accéder à des soins et une éducation qu'il ne pourrait avoir là-bas. Après un très grande réflexion avec mes parents, ici en France, nous avons pris la décision d'accepter et de le prendre en charge en France.

 

Ainsi, j'ai effectué les papiers nécessaires au Guatemala avec l'aide d'une avocate que connaissait mon frère. Ce fut très difficile, car mon frère voyait les choses déjà acquises. Il se trompait lourdement, et comptait sur moi pour trouver une solution.

 

J'ai fini par trouver le moyen de ramener mon neveu, après que je sois renter en France. Il vit maintenant avec mes parents et moi, et malgré les difficultés que j'ai à obtenir l'équivalence des papiers guatémaltèques, je ne regrette pas mon choix, même si ce n'est pas tous les jours évident. Je suis responsable de cet enfant, et je compte lui offrir une chance de réussir dans sa vie, à la demande de ses parents. J'aimerai lui offrir la même chance que j'ai pu avoir.

 

Une fois que l'on a retrouvé sa famille, on ne peut pas dire, « chouette je vous ai retrouvé et maintenant je vous abandonne ». Mais on ne peut pas non plus résoudre tous leurs problèmes. Le pays est loin et on ne peut se déplacer en un claquement de doigt. Il est difficile d'accepter que des choses dures se passent là bas pour eux, et que nous, à des milliers de kilomètres, ne pouvons rien faire, car trop loin.

 

J'ai fais le choix d'aider ma famille, en aidant le fils de mon frère, en aidant à la scolarisation du fils aîné de mon premier frère et en aidant ma mère financièrement. Mon choix reste tout à fait discutable, mais c'est le mien et je l'assume parfaitement. Chacun de nous fait que qu'il peut et nos choix sont guider par notre histoire et par notre cœur. Quoiqu'en pense les autres, n'écoutez que votre cœur et laisser les dire.

 

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Conclusion

 

 

A chacun de mes voyages, j'ai beaucoup appris, et j'en suis revenue très contente, même si ce ne sont pas voyages de tout repos. Il faut savoir que la pression psychologique est énorme, et qu'il faut en être averti, car certaines personnes ont du mal à la supporter. Eux s'imaginent que nous avons tous pouvoirs et que la vie est très facile pour nous… en tout cas elle est un peu plus facile pour nous que pour eux, cela reste certain.

 

A chacun de mes retours, je me sentais revenir sur une autre planète, une impression très nette que se sont deux mondes différents. Là-bas tout le monde sourit même s'ils ne nagent pas vraiment dans le bonheur, et ici tout le monde fait la tête et c'est chacun pour soi.

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Voilà mon histoire est terminée. Dans toute mon histoire j'ai beaucoup cheminée seule. Je vous la raconte afin qu'elle puisse aider d'autres gens, car personnellement, j'aurais aimé des mots réconfortant, des lueurs d'espoir dans mes jours de désespoir ou tout simplement un soutien. Je reste à la disposition de ceux qui veulent un conseil, un soutien ou je ne sais quoi d'autre.

 

Merci à l'association, car j'ai toujours voulu discuter avec des personnes adoptées d'Amérique latine et particulièrement du Guatemala afin de pouvoir parler du pays. Mais parler avec d'autres adoptés est aussi très enrichissant. Nous vivons tous notre adoption différemment car nous avons des histoires différentes mais nous avons un point commun, l'adoption, que les non adoptés ne peuvent comprendre, comme nous le ressentons.

 

 

Eva.



04/06/2006
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