Esteban, 32 ans, adopté de Colombie

Je suis né en Colombie et mes parents adoptifs sont venus me chercher à "LA CASA DE LA MADRE Y EL NIÑO" en 1976. Au passage, Ils ont adopté une petite fille de quelques jours. A l'époque j'avais 3ans et je me nommais "Jorge Ordonnez",  la petite Colombienne s'appelait "Rebeca ordonnez".On s'appelait tous pareils, seul les sexes nous faisaient avoir des prénoms différents.

 Nos parents adoptifs avaient adopté 2 autres enfants. Il y avait Dorothée (grecque ,agée de 6 ans) et un petit Maroquain (trés malade), nommé Pierre, agé de 3 ans, mon aîné de 1 mois et 3 jours.

C'est  peut-être dur à dire, mais nos parents adoptifs avaient l'argent mais pas la fibre "parentale". Quand j'étais gamin, je crois qu'une partie de moi est restée dans l'avion. J'étais inodore et sans saveur-je crois en fait que je me voulais le plus invisible possible car je ne comprenais rien de ce qui se passait et rien ne me poussait à m'impliquer. C'était une aubaine pour mes parents adoptifs qui voyaient en moi un gamin "adorable", car je ne savais pas dire non et que je restais calme. Ma mère adoptive me traitait comme une poupée et mon père adoptif comme quelqu'un de sage (pas dans le sens tranquille, mais celui de la sagesse, du savoir, de la maturité) et qui devait tout comprendre (et donc tout encaisser sans rien dire).

A l'école, j'étais moyen et mon rêve était d'être bon. Je travaillais durepour des résultats passablement moyens. Quand j'étais bon quelque part, j'étais rattrappé par une matière où j'étais trés médiocre. Ma vie était triste, des efforts peu récompensés, jamais reconnus, aussi bien à l'école (lieu de compétition) où je devais comprendre des choses qui n'avaient pas de sens pour moi, qu' à la maison où à force de dire Oui, j'en étais devenu à être le "domestique". Souvent le soir je pleurais pendant que je débarrassais la table et que les autres regardaient la télévision. Je me disais que c'était pas un enfant qu'ils étaient venus chercher mais un domestique à l'oeil.

 Plus tard j'ai compris que je m'étais mis dans cette situation. Nos parents nous adoptent mais, nous,  les adoptons-nous ?, je pense qu'ils n'ont pas réussi mon EXAMEN, qu'ils n'ont pas cherché à comprendre et que moi j'étais axé ailleurs et donc, que je m'étais même déserté…. je me ressentais comme un prisonnier qui tirait sa peine (d'autant plus que quand on est adopté, les autres et surtout les parents des autres ne se gênent pas pour vous rappeler la chance que vous avez d'avoir succité quelque intérêt… et qu' à l'heure actuelle ont serait dans notre pays de pauvre à mourrir de faim… et autres conneries d'adultes!).

En attendant, il suffisait d'attendre, de rester bon malgré tout ce qui poussait à se manquer de respect. Peut-être le dois-je à l'envie de rester le plus intact pour que le jour où je retrouverai les miens, je sois le plus reconnaissant possible.

Les années ont passé et intérieurement, j'ai gardé mes distances quant à mes parents adoptifs. J'ai essayé de les comprendre comme pour une devinette.Quand on a la réponse on peut passer à autre chose. Je m'en suis voulu que la greffe avec eux n'est pas marchée .J'aimais beaucoup les gens qui osaient, qui faisaient rigoler, qui avaient du caractère, qui attiraient les autres autours d'eux. Je me disais "mais qu'est-ce qui les animent ?". Avec le temps j'ai compris qu'en ce qui me concerne, c'était donc pas ici pour moi et que c'est pourquoi je n'étais pas motivé naturellement.Je faisais figure d'extra-terrestre
(car j'étais une interrogation ambulante, j'étais enigmatique), ou alors on pensait que je me droguais.

Un jour, Dorothée a rapporté un Cd de Chavela Vargas "La Llorona" et ça
a été le déclic.C'était comme si ma grand-mère me chantait une chanson. Le
côté latino s'est mis en branle. Fort de cela j'ai pris les cours d'espagnol
autrement, car motivé ! Plus tard, j'ai voulu aller en Colombie mais mes
parents adoptifs m'ont dit que j'allais être mis en prison ou que
j'allais devoir faire l'armée. Ont parlait pas trop d'adoption et je
n'osais pas poser de question car on aurait dit que ça leur faisaient
mal. Aussi ai-je décidé de faire mon service militaire en France pour pouvoir
aller en Colombie. Apres l'armée j'ai du cherché du travail et je n'ai rien
trouvé. Alors je me suis posé la question: Trouver du travail pour
vivre "ici", c'est pas donné, regarde si tu ne peux pas trouvé du travail
pour réaliser quelque chose qui te tient à coeur.


Un rêve à réaliser…la Colombie ! Peu de temps aprés, j'ai eu un poste comme
veilleur de nuit dans un hôtel. J'ai eu comme client un colombien, avec qui
j'ai un peu parlé. Comme je me faisais exploité j'ai du posé ma démission.une
fois que j'avais 2 fois le salaire pour me payer 2 allers-retours pour la
Colombie, je suis parti. En fait, j'ai tenté de trouvé du travail et ça ne
marchait pas.Je me suis pris entre 4 yeux et je me suis rappelé ce que
je mettais promis de faire, alors je me devais de passer à l'acte !Et
j'y suis allé.

Je connaisais une colombienne adopté qui m'a mis en relation avec sa famille "retrouvée" et je suis allé à Bogota/baranquilla (Cartagena) et Medellin.
Je suis revenu super content. On m'avait dit tellement de mal que je m'en
été fait une raison. Aussi, en y allant, je ne pouvais qu'être qu'étonné,
agréablement étonné. Le problème fut le retour !Quand on conait le paradis et que l'on doit le quitter, forcément c'est dur.

Aujourd'hui, j'ai 32 ans, ma mère adoptive et décédée mais elle aurait dit à
Bernadette (rebecca ordonnez) être heureuse de m'avoir vu enfin heureux
grâce à la Colombie. Depuis peu, je suis allé voir une spy qui m'a aidé à
comprendre mon père adoptif (remarier), et avec qui j'ai pu parlé de mon
adoption et dépasser mes bloquages (car on en a).

J'ai travaillé pendant 5 mois dans une sandwicherie pour pouvoir me
payer mon billet d'avion pour la Colombie, afin d'aller à "LA CASA DE LA
MADRE Y EL NIÑO" dans le but de savoir ce que je peux savoir, au cas où
quelqu'un après toute ces années m'attendrai. J'aimerai si c'est possible aller
vivre là-bas, en Colombie (?), en Amérique du Sud !

J'entamerai mon 5ème voyage le 9 mars prochain.



17/02/2006
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