Elsa,28 ans, adoptée au Pérou

Je me suis toujours sentie française bien que je sois née au Pérou. Rien ne m'énervait plus que d'entendre mes profs d'espagnols, devant mes notes catastrophiques, me dire « mais pourtant, c'est ta langue maternelle » ou de voir les musiciens péruviens dans le métro et qu'on me fasse remarquer que j'étais du même pays qu'eux.
Pour moi j'avais qu'une seule mère et qu'un seul père, en France, je venais pas d'un ventre comme tout le monde, je venais de nulle part, de la terre, directement posé sur le sol et adoptée ensuite.

Pourtant a 25ans, j'ai réalisé qu'en fuyant le Pérou, je fuyais une partie de moi-même, alors j'ai eu envie de faire des efforts d'apprendre l'espagnol, d'écouter de la salsa, à aller dans les restos péruviens, mais au bout d'un moment, je me suis aperçue que malgré ma couleur de peau, et mon pays de naissance, mon coté péruvien était stérile, j'avançais pas et pire, je me sentais encore moins péruvienne qu'avant, parce que le fossé qui me séparait m'apparu encore plus grand.
 Seulement, voila, je ne voulais plus revenir à mon personnage de française, parce que je sentais à quel point le Pérou avait sa place dans ma vie, dans mon identité, dans la compréhension de mon histoire,mais je savais pas par quel bout commencer, la reconquête de ce ma culture d'origine me semblait trop difficile seule, alors j'ai laissé un message sur le seul site d'adoption destinés au adoptants et aux adoptés que j'ai trouvé, situé en Suisse, pour dire que je me sentais terriblement française, mais que j'avais l'impression de rater quelque chose en passant à coté du Pérou.

Céline, a répondu à ce message 3 mois après, en me racontant son histoire et a quel point elle s'était aussi sentie française avant, son parcours pour reconquérir sa culture d'origine, sa rencontre avec le Pérou, avec ses parents. Ca m'a alors redonné du courage, de trouver une alliée qui me comprenait, qui pourrait me guider dans mon parcours et mes questions , j'allais apprendre le Pérou pas à pas.

Notre première rencontre s'est fait dans un lieu où il y avait une fête typiquement péruvienne . Je l'ai regardé en ayant l'impression de me voir, bien qu'on ne se ressemble pas je crois que c'est la première fois que je voyais une adoptée péruvienne comme moi, la musique était super forte j'ai perdue mes repères, je regardais autour de moi, et puis j'ai vu que pour une fois, je n'était pas en minorité, tout le monde me ressemblait, pour une fois, j'étais comme eux, j'ai alors réalisé, que je venais du même pays qu'eux, que c'était ma communauté, j'étais chez moi, un vieux sentiment d'appartenance que j'avais jamais ressentie avant, quelque chose de fort auquel je n'arrivais pas à croire, j'avais retrouver les miens, je me suis mis a pleurer.
Le lendemain, je me suis montrée méfiante envers ce que j'avais ressenti, ne voulant pas croire à ce sentiment d'appartenance j'ai tellement toujours cru que je n'étais que française, que le Pérou était juste le pays ou j »étais née et que ça n'avais pas plus d'importance que ça.

 Mais comme une drogue maintenant que j'avais goûté au Pérou, je voulais y retourner, je pensais plus qu'a ça, retourner danser sur Nectar et Ronish, sur le Merengue, écouter la salsa, me fondre dans le décor. Evidemment, ça c'est pas passé comme ça, avec le temps,j'ai vu les limites, de ma partie péruvienne, malgré mon désir d'être comme eux, tout est revenue dans l'ordre, la part française a repris ses droits, j'étais comme avant avec un truc en plus, le Pérou n'avait pas pris la place de la France dans mon identité et dans mon coeur mais il avait sa place et j'en avais besoin.

Ont commencé mes recherches sur ma famille, assez rapidement, l'orphelinat ou je suis née m'a communiqué les noms de mes parents biologiques, grâce à Céline et à ses contacts , j'ai reçu un jour un appel de Céline pour me dire que sa père du Pérou avait retrouvé ma mère à Lima, elle m'a raconté mon histoire, auquel je n'étais pas préparée, je me rappelle ne pas avoir pensé une minute que mon histoire aurait pu être dramatique, et pourtant elle l'était, le choc était violent, je me suis sentie mal, pendant un court instant j'aurais voulu jamais savoir, je voulais plus venir du Pérou, je voulais revenir française comme avant plus fréquenter les fêtes, faire une croix, retourner dans le confort de mes repères derniers, mais c'était trop tard, je pouvais plus, j'étais obligée d'accepter mon histoire en entier avec ses drames, Accepter mon histoire, j'avais voulu savoir, maintenant je savais, l'adoption c'est pas toujours une histoire de bons sentiments, d'amour donnée à un bébé qui en manquait, c'était aussi la souffrance d'une mère qui donne son enfant, c'était la souffrance d'une enfant adoptée qui en grandissant avait du mal à trouver ses marques, jamais complètement d'ici, ni complètement de là-bas , entre les deux, sans trouver sa place, sans savoir qui on est vraiment avec personne pour en parler.
Alors nous est venue cette idée de créer cette association pour avoir un espace de parole dédiés aux adoptés et puis aussi pour l'aide a la recherche.


17/09/2005
5 Poster un commentaire

A découvrir aussi