Mimi, 31 ans, adoptée en corée du Sud

Mimi, 31 ans, adoptée en Corée du Sud

 

J'ai été adoptée à l'âge de 8 ans avec mon frère de 11 ans et ma soeur de 12 ans.

 

Ma mère biologique est décédée lorsque j'avais 6 ans. Mon père était alcoolique. Pour subvenir à nos besoins, il a arrêté de travailler, mais s'est remis à boire de plus belle. Un jour, nos voisins l'ont dénoncé et sous l'effet  d'ébriété, il a signé un acte d'abandon. Je n'ai pas compris à mes yeux d'enfant, pourquoi sa soeur qui avait 2 fils et qui avait une vie aisée à Séoul ne nous a pas aidés. Peut-être ne le pouvait-elle pas ? Nous sommes restés 9 mois à l'orphelinat du HOLT.

 

Nous étions destinés pour les Etats-Unis. Un couple français de 40 ans nous a adoptés. Nous sommes arrivés à Roissy le 24 août 1983.

 

Manque de chance, je suis tombée dans une famille « anormale» !

 

J'ai subi la violence conjugale (violence physique et verbale) de mon père envers ma mère. J'ai été victime d'inceste de 11 à 14 ans par le grand-père maternel.  Et le paroxysme dans tout ça, c'est que lorsque j'ai dénoncé mon bourreau, personne ne m'a crue, alors que ma mère était elle-même victime  de son mari ! Ils m'ont laissée toute seule dans ce cauchemar qui a anéanti mon adolescence ! Ils ne m'ont même pas envoyée chez un psy !

 

Ma mère m'humiliait souvent et parfois même en public. Elle a fait tout en sorte pour nous désunir, alors nous nous entendions si bien jusqu'à ce qu'elle dise trois semaines après notre arrivée en France "stop, vous êtes en France, la Corée c’est fini, vous devez parler français". Elle nous montait les uns contre les autres, si bien que maintenant je n'ai plus aucun contact avec  mon frère. Sa loi, c’était « diviser pour mieux régner ».

 

C'est vrai que j'étais déjà une enfant révoltée par mon passé et que nous avions tous nos caractères, je le reconnais. A la maison, je me défoulais et tenais souvent tête à ma mère et à l'extérieur, j'étais une enfant introvertie et timide (je rougissais à la moindre remarque !) et ma mère, femme autoritaire, me reprochait mon comportement. Mais beaucoup d'enfants sont comme ça, non ? Mon père qui était lâche et inexistant ramenait seulement son salaire ! J'ai su plus tard que c'était ma mère qui avait effectué toutes les démarches d'adoption et que mon père n'avait fait que signer ! Je reste persuadée que ma mère pensait pouvoir sauver son couple en nous adoptant et que mon père parviendrait à se maîtriser, mais malheureusement, elle a échoué ! Comme dit le proverbe "qui chasse son naturel, revient au galop". C'était mon père qui ne pouvait pas avoir d'enfants !

 

Mon frère et ma soeur défendaient ma mère et se prenaient des coups bien entendu. Ma mère était sous anti-dépresseurs et nous devions la consoler ! Vous savez comment les hommes qui battent leur femme ont deux faces et sont socialement intégrés et diplomates !

 

Toute la famille nous a toujours fait ressentir que nous devions leur être éternellement « redevables » de nous avoir adoptés, qu'ils nous avaient sortis de la misère, que ma soeur et moi avions échappé à la prostitution.

 

Les gens me disent trop souvent « mais vos parents doivent être des gens formidables, ils ne vous ont pas séparés » (phrase  insupportable pour moi).

 

Alors, j'ai envie de leur répondre : "ah si vous saviez, dans quel enfer j'ai vécu !" Il m'arrive de penser parfois à ce qu'aurait pu être ma vie si j'étais restée en Corée et que notre tante nous avait gardés ou si nous avions été adoptés par un couple américain. Il reste en moi cette petite fille qui ne cesse de pleurer sa mère et qui n'a toujours pas fait son deuil.

 

Nous n'avons pas été très acceptés dans la famille paternelle. Le grand-père paternel était raciste et nous traitait de "jaunes". La grand-mère paternelle préférait bien entendu sa petite fille française bien blonde et la grand-mère maternelle ne voulait surtout pas que mes parents adoptent des enfants noirs !

 

Et pourtant, je peux vous assurer que nous étions des enfants raisonnables qui n’ont jamais sombré. Combien de fois avons-nous voulu appeler la police ! Ma mère ne se reconnaissant pas comme victime, n'a jamais voulu ni divorcer, ni porter plainte... Je vivais dans la peur et la terreur ! Je pensais fuguer, mais je craignais me retrouver à nouveau à l’orphelinat !!!

 

Compte tenu d’un environnement familial toujours violent, ma soeur a fait une tentative de suicide à 18 ans. Et là, non plus, mes parents n'ont rien fait pour l’aider ou l’emmener chez un psychologue. D'ailleurs, ils considèrent les psychiatres comme des malades.

 

La violence verbale entre ma mère et mon frère étant parvenue à son apogée et ma mère ne le supportant plus, mes parents ont pris la décision de virer mon frère à l'âge de 20 ans. Ma soeur et moi n'avions même pas le droit de l'appeler, sinon ma mère névrosée piquait une crise d'hystérie ! Moi, j'ai quitté la maison à 20 ans, car je ne pouvais plus supporter cet environnement conflictuel en permanence !

 

Nous étions les enfants SACRIFIES au nom du père et du grand-père, et en aucun cas des enfants ROIS ! L'AMOUR est inconnu au bataillon dans cette famille !

 

Je viens de comprendre récemment que c'est une famille de manipulateurs et de faiseurs d'histoires !

 

Tout ça pour dire que je suis mal tombée et que mon adoption est ce que l'on peut appeler une adoption "ratée". J'ai volontairement coupé les ponts avec ma famille il y a 6 ans et me considère comme une double orpheline ! Ma seule famille est ma soeur.

 

Moi, j'ai déjà un passé qui me poursuivra à jamais, contrairement à la plupart des enfants adoptés, je n'éprouve pas ce besoin viscéral de retrouver ma famille biologique. Je ne sais pas si mon père biologique et sa soeur sont décédés, ni ce que deviennent mes cousins !

 

Il s'est produit l'effet inverse chez moi, je fais un rejet de mon pays  natal. Suis-je normale ? Ma soeur, mon frère et moi avons perdu notre langue natale. Une partie de ma mémoire a effacé le coréen, ce que personne ne comprend ! Peut-être que je retournerai un jour dans mon pays, mais en tant que touriste. Je me sens 99 % française. Même mes amis me disent que je suis  plus française que la moyenne des Français. J’ai toujours vécu dans un environnement français et n’ai jamais fréquenté d'associations d'enfants adoptés.

 

Je remercie mes parents de m’avoir suivie scolairement (jusqu’en 3ème), nourrie, blanchie et logée, mais je ne les remercie pas de m'avoir adoptée. J'aurais parfois préféré rester dans ma misère, comme ils disent ! Je n'ai rien choisi, eux, ils m'ont choisie !

 

Si je souhaite témoigner aujourd'hui, c'est parce que je veux briser ce mur du silence qui m'a trop fait souffrir ! Je ne parle de mes souffrances que depuis un an... et ai gardé le silence pendant 16 ans !

 

Vous ne pouvez pas imaginer comment la parole est libératrice !

 

Je souhaite exprimer ma volonté de m'en sortir malgré tous les traumatismes que  j'ai subis. Je suis une thérapie et participe à un groupe de paroles pour les victimes d'inceste.

 

Je pense que certains parents égocentriques ne devraient pas adopter d'enfants ! A mon époque, le contrôle était peut-être moins sévère !

 

Je suis persuadée que ma sœur, mon frère et moi sommes un cas d’adoption tardive exceptionnelle !

 

J'ai le sentiment que l'adoption ratée est un sujet tabou, que  peu d'enfants adoptés osent en parler ! Je suis désolée si mes propos peuvent choquer certains parents adoptifs et s'ils ont l'impression que je fais l'apologie de mes malheurs. Mais, c’est l’histoire de ma VIE !

 

J’ai lu les livres de Barbara Monestier et de Christian Demortier et je les remercie d'avoir écrit leur histoire. Leur expérience me convainc également de témoigner, même si chaque histoire d'adoption est différente. La mienne ressemble à celle ce Christian ou encore plus à celle de Johnny Subrock (dont j’ai commandé le livre).

 

Je vous remercie par avance de me lire et espère que vous comprendrez le sens de mon témoignage.

 

Je remercie Céline d’avoir fondé cette association qui donne enfin la parole aux enfants adoptés !


08/02/2007
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