Guilherme Luc, adopté du Brésil, 27 ans :" Je sais ce que j'ai évité"

« Je sais ce que j’ai évité »

« À quelle heure tu es né ? » Dans la cour son école primaire de Montpellier, Guilherme-Luc Malet aurait bien aimé répondre. « C’est un petit détail qui m’a tout le temps tracassé », avoue-t-il. Sa mère célibataire ne lui a pourtant jamais caché ses origines. Elle le recueille petit chez les sœurs missionnaires de Juiz de Fora, au Brésil, le ventre rond en raison de carences alimentaires. Deux ans auparavant, elle a aussi adopté une petite Brésilienne, plus tard gravement handicapée, et peu à peu paralysée.

Lui dispose de son certificat de baptême portant le nom de ses parents d’origine. « Maman me racontait ma venue du Brésil, et j’assumais le fait d’être adopté, avance Guilherme-Luc, dont le prénom porte le chaînon de la double nationalité. C’est vis-à-vis de l’extérieur qu’on doit se justifier, à cause de sa couleur de peau, ou lorsqu’on remplit des papiers en indiquant son lieu de naissance. » L’absence de père se fait peu ressentir dans son enfance. Sa mère a à cœur de la combler par des référents masculins. « Elle faisait en sorte que je rencontre beaucoup mon oncle et mes grands-parents, détaille le jeune homme de 26 ans. J’ai aussi fréquenté la maisonnée Saint-Joseph, un patronage religieux où j’ai trouvé un certain équilibre par une présence masculine. »

À force de fréquenter des Brésiliens, Guilherme-Luc se laisse plus tard gagner par l’envie de retourner vers son passé. Les sœurs d’une de ses amies, établies là-bas, parviennent à repérer sa famille en appelant la pharmacie de sa ville natale. Celle-ci vit dans les favelas. Guilherme-Luc réussit alors à la joindre. Sa mère, trop pauvre, lui explique à distance qu’elle ne pouvait pas l’assumer bébé, et qu’il était malade. Elle lui avoue aussi l’avoir vendu, avant qu’il ne se retrouve chez les sœurs missionnaires. « On ne peut pas juger l’acte de quelqu’un qui n’a rien à manger, estime Guilherme-Luc. Elle ne m’a pas vendu pour acheter une montre, et je dis parfois avec humour, “c’est pour ça que je suis aujourd’hui un bon commercial !” »

La rencontre avec son père séparé de sa mère est forte. Et puis, parce qu’en France, il se sent à demi fils unique (« Avec ma sœur handicapée, on se comprend par le sourire et le regard », dit-il), il est attendri par sa plus jeune sœur là-bas, qui a 12 ans. Le Brésil lui dévoile aussi le dénuement des favelas, une culture métissée, loin des étroites images « de football et de Copacabana ». Touché, le jeune Franco-Brésilien retourne l’année suivante fêter Noël, un « Noël en tongs », dans cette autre famille de la pampa.

Depuis, Guilherme-Luc écrit, téléphone souvent mais s’efforce aussi de maintenir une certaine distance. « Ma mère biologique voudrait que je revienne au Brésil, mais je lui ai dit que ma vie était en France, qu’on ne peut pas tout mélanger. Je l’ai aussi remerciée de m’avoir permis d’être adopté, car je sais ce que j’ai évité. Ce qui compte, c’est qu’elle ait gagné en dignité dans son quartier, car j’ai pu dire autour d’elle que je ne la jugeais pas mal. »

Celui qui a toujours eu l’impression d’être « né en descendant de l’avion » travaille maintenant dans l’aéronautique, après une formation de steward. Cloué au sol pour le moment à cause de la crise, il espère en secret être recruté par Air France pour s’envoler très vite vers des terres éloignées, en particulier le Brésil. Un pays qu’il a su faire sien. « Même si le plus important, ce sont les liens du cœur, je pourrai plus tard raconter à mes enfants pourquoi j’ai du sang brésilien qui coule dans mes veines. » Il saura même leur dire, s’ils lui demandent, qu’il est né un 3 juin à midi trente.



28/01/2010
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