COMPTE-RENDU de l\'intervention à San Sebastian - 25-27 avril 2008

La conférence se déroule en 2 parties: La première assemblée, qui se concentre sur l'arrivée de l'enfant dans la famille et des premières années de sa vie, réunit un docteur pédiatre, Blanca Rudilla présidente de A.C.I., une journaliste écrivain et mère adoptive, Beatriz San Roman, et un modérateur.

 

Le pédiatre concentre son propos sur les problèmes de santé qui peuvent apparaître, les différents niveaux d'assistance. Il souligne surtout qu'il faut , centraliser les actions, mettre des recours en place, une volonté politique.

 

Blanca Rudilla nous parle de son asso et de la revue qu'ils éditent.

 

 

EN CONSTRUCTION

 

 

 

Pour la 2è assemblée, sont présents à la table de conférence le psychologue M. Unica, spécialiste de l'adoption, une mère adoptive, témoin de ses difficultés avec ses trois enfants aujourd'hui adolescents, le modérateur Ramon Rotger (président d'A.I.B.A) et moi-même. Le thème est 'l'enfant adopté qui devient adulte'.

Je suis très agréablement surprise par le discours du psy, qui fait montre d'une grande expérience en la matière, qui met le doigt sur des thèmes majeurs, pour ne pas dire les difficultés majeures issues de l'adoption. Il a un discours direct, qui touche, dérange parfois les familles, mais les met devant une réalité incontournable. Voici ces propos (dans la mesure de ma compréhension, car je ne parle pas du tout espagnol).

Vous connaissez mon penchant à discourir sur les difficultés de l'adoption. Eh bien j'ai trouvé mon âme-soeur en la matière! Le psy attaque de face: "Tout enfant adopté est un enfant abandonné." (il m'a volé mon intro!! :-)) "Cela a donc des conséquences. Il faut le supporter, cet abandon, le comprendre, le digérer et se l'approprier. C'est une trace qu'il gardera toute sa vie. L'enfant en tant que tel assimile les expériences qu'il a dans sa vie. L'abandon est la première.

Il doit se confronter à 2 familles: celle avec laquelle il vit, et celle qu'il ne connaît pas. Il va connaître sa famille bio, une institution, peut-être une famille d'accueil, et finalement sa famille adoptive. C'est une partie significative de l'enfant.

L'adolescence est une période évolutive complexe, qui a ses exigences. Il faut tenir compte de ce qu'a été la situation adoptive. En Espagne, celle-ci est lamentable. la famille et les institutions adoucissent la situation, en font une élaboration pas réaliste, et cela n'aide pas l'enfant à comprendre son abandon. Or, il est fondamental que chaque enfant sache et comprenne son abandon.

Dans toute famille biologique, les enfants savent ce qu'ils vont devenir physiquement. Or là, ils n'ont pas de miroir biologique, ils ne savent pas comment ils vont être, c'est une réelle difficulté, surtout s'ils ne sont pas de la même couleur que leur famille adoptive.

A l'adolescence, il y a un processus d'intégration sociale, qui passe par l'identité. Il répond à la question "Qui suis-je?". Cela peut mener à des conflits sérieux, impliquant même la police, la santé publique, etc.

C'est une phase vitale difficile pour tous, et un défi pour toute la famille. C'est une personne qui, à 18 ans, va prendre des décisions, avec les recours qu'il a, que ceux-ci soient suffisants ou non, et c'est encore plus compliqué que dans les familles sans adoptés. Ils sont légalement responsables, peuvent faire leur vie sans leurs parents, et ils ont peur, car encore peur de l'abandon. Il y a beaucoup d'arrogance, de peur, il va voir s'il trouve un refuge contre sa peur.

D'où, parfois, un voyage. Trouver pourquoi, et comment il a été abandonné. S'il n'a pas été accompagné dans le processus de recherche des papiers d'adoption, ils le feront quand même sans leur parents.

Il y a la même confrontation qu'avec les autres ados, ils vont s'émanciper de leur famille réelle et de la première famille. Mais comment s'émanciper d'une famille qu'on ne connaît pas, qui a généré des questions sans réponses? ("Peut-être qu'elle est prostituée, peut-être qu'elle m'aimait, peut-être qu'elle ne m'aimait pas, peut-être... peut-être..."). Il va y répondre avec ses capacités, sur ce que ses parents adoptifs ont construit. Il y a le risque donc qu'il remplisse ce vide de réponses par des histoires inadéquates, pas convenables

Toute l'histoire émotionnelle (les situations traumatiques de l'enfance, les cicatrices qui s'ouvrent, d'abandon, la solitude, la rage incommensurable d'avoir été laissé de côté, ....) va ressortir à l'adolescence. Ils revivent l'abandon. L'adolescence est un petit tremblement de terre qui fait revivre plein de choses.

Ils sont plus vulnérables aux situations de danger s'ils n'ont pas 'réélaboré' pendant l'adolescence.

La plupart du temps, ils s'identifient à leur famille adoptive, et c'est une identification qui a de la valeur. Même s'ils traversent le désert, peu à peu, ce qu'on observe, c'est une grande fontaine d'espérance. La tempête passée, les ados reconstruisent leur vie avec l'idéal des familles adoptives.

'OK, c'est pas idéal, personne ne veut être adopté, mais ça a valu la peine, j'ai survécu à un gros problème.'"

Il conclut sur sa 'recette' aux parents: "Rendirse?... Nunca!" ("Se rendre, laisser tomber? .... Jamais!") 

 

 

Puis vient le témoignage de la mère adoptive.

Elle fait partie de ces parents à qui il a été demandé de ne rien dire à ses enfants au sujet de son adoption. Beaucoup de choses lui ont donc manqué, des choses très importantes, et elle souligne l'importance de ces conférences. Elle déplore le peu de contacts avec les spécialistes, les autres parents, et les carences réelles que cela implique pour les enfants.

Elle ne comprenait pas pourquoi ses enfants avaient des problèmes à l'école alors qu'ils étaient intelligents.

Elle parle également du poids des commentaires des autres. "Soit on est une mère parfaite, soit on a fait une oeuvre de charité. Mais c'est ni l'un ni l'autre!!"

On lui a même dit qu'il était mieux de ne pas connaître ses origines pour ne pas prédisposer les enfants à cause d'un passé douloureux...

IL faut connaître cette stratégie de "plus prsonne ne m'abandonne plus. Donc avant que tu ne refuses, je pars."

Quelle recette? Beaucoup de patience, de calme. Et voir le côté positif. Nous voyons ce qu'ils ont reçu de nous. C'était un désastre, mais maintenant, il reviennent. Tout ce que nous avons reçu de beau dans la vie, nous l'avons reçu d'eux."

 

 

 

Puis vient mon tour de témoigner. Je ne vais pas tout écrire en détail, et la vidéo sera bientôt disponible. Je vais juste vous indiquer les thèmes évoqués, ce sont les mêmes que lors de la conférence de La Voix des Adoptés en janvier 2008, puis les questions/ réponses, très pertinentes, des parents présents. Si vous souhaitez toutefois des détails sur un point particulier, n'hésitez pas à m'envoyer un mail (dans Cellule Kosovo)

1° La blessure primitive: l'amalgame entre les termes 'adoption' et 'abandon', et la perte/deuil originels

2°De la nécessité de transmettre le savoir (quel qu'il soit) à l'enfant, la nécessité de création de filiation mais dans le respect de l'ouverture sur le sujet de l'adoption (la frontière fine entre trop en parler, néfaste,et ne pas assez en parler, ou pire, laisser le tabou s'installer). Quelle culpabilité l'entourage inflige malgré lui aux enfants, les problèmes de couleur de peau, et le fait que l'enfant adopté ait lui aussi besoin d'adopter ses parents adoptifs.

3°Comment en parler à l'adolescence (parrainages de l'asso), les fantasmes destructeurs, et la double loyauté

4°De l'abandon et du sentiment d'abandon, les schémas de sabordage dans tous les domaines de sa vie, inscription dans un schéma d'échec car on se considère inconsciemment pas suffisamment valable pour réussir, être aimé, etc. Abandonner avant d'être abandonné ->les difficultés relationnelles.

5°Les recherches et retrouvailles (ou pas) avec la famille bio. de la nécessité d'être très prêt et solide pour faire face à la violence du processus. (CF Atelier de l'asso de soutien aux recherches des origines). Place de chacun à trouver dans ce processus.

Comment surmonter la destruction des fondations élaborées toute la première partie de sa vie avant de retrouver sa famille bio, et la reconstruction de nouvelles fondations, saines, même si parfois très douloureuses.

6°Conclusion.

Conseil de lecture: L'Enfant adopté, comprendre la blessure primitive, Nancy Newton-Verrier.

 

 

Questions / Réponses

 

* Avez-vous plus souffert de l'abandon ou de la perte?

- Je dirais de l'abandon, car je ne connais pas cette famille que j'ai perdue, par contre, je connais qelle que j'ai trouvée. Mais l'abandon, oui, c'est une souffrance insidieuse et incommensurable.

* Le racisme (au psy)

- C'est une expérience traumatique pour l'enfant. S'il y a insulte raciste, toute la famille doit la sentir, la recevoir et agir en conséquence. C'ets un facteur aggravant dans l'impossibilité de trouver des éléments d'identification pour l'enfant.

* Doivent-ils connaître leur histoire si celle-ci est terrible?

(à moi) - Il faut assainir le terrain. Il y a des manières de l'annoncer (mettre le dossier chez notaire et l'en informer, pour que le jour où il sera prêt, il sache où trouver l'information, par exemple), mais il vaut mieux dire une vérité difficile que des fantasmes sensés atténuer la douleur.

(au psy) - Cette phrase de Cyrulnik: "L'horreur du réel est porteuse d'espoir. L'horreur de l'irréel est incommensurable" (-)

* (psy) - Il est plus sain qu'un enfant résiste qand on vient le chercher, plutôt que de se laisser porter comme la vague. La suradaptation n'est pas positive.

- les centres pour enfants de moins de 6 ans ne devraient pas exister. les familles d'accueil fonctionnent beaucoup mieux, pemettant une bien meilleur adaptation ensuite dans une famille adoptive.

* Quand savez-vous que vous adoptez vos parents?

* Quels outils donner à nos enfants pour que l'adoption soit réussie ?

* Il faut faire attention avec l'imagination des enfants, ils s'imaginent beaucoup de choses.

* Culpabilité de la famille ("En quoi s'est-on trompés?"). Les enfants nous démontrent que oui, c'est possible, il y a une sortie, un avenir.

* La trace de l'adoption est héréditaire. Les enfants de vos enfants adoptifs vont avoir une partie de cette question en eux.

* Miroir biologique

-C'est positif qu'ils aient des contacts avec des enfants de la même origine. On se connaît grâce aux autres. C'est un thème dont ils ne peuvent pas discuter avec d'autres.

Mais la culture de cet enfant est celle de ses parents adoptifs. Ils sont d'ici, et il faut leur rappeler.

Et ils ne veulent pas toujours qu'on leur rappelle d'où ils viennent, ils veulent être français.

*Il y a des enfants différents avec des nécessités différentes.

*Comment allez-vous transmettre votre histoire à vos enfants?

 

 

                  Anne-Laure, Cellule Kosovo / Bibliothécaire / Intervenante , 27 avril 2008



27/04/2008
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi